Arriver à Madère donne souvent l’impression étrange d’avoir franchi plusieurs frontières sans jamais quitter une seule île. Sur ce morceau de terre volcanique posé au milieu de l’Atlantique, les paysages semblent avoir été réunis par un caprice de la géologie : forêts anciennes, falaises abruptes, villages accrochés aux versants, jardins subtropicaux et rivages façonnés par la lave composent une mosaïque d’une étonnante diversité.
Au lever du jour, l’île peut se révéler dans le silence humide de la forêt, lorsque la brume enveloppe les troncs couverts de mousses et que les anciens chemins suivent encore le tracé patient des levadas, ces canaux d’irrigation qui ont permis aux habitants d’apprivoiser la montagne. Quelques heures plus tard, après avoir traversé des paysages où le vert semble décliner toutes ses nuances, on se retrouve face à l’immensité bleue de l’Atlantique, dans une piscine naturelle creusée par les coulées volcaniques. Peu de territoires européens offrent une telle succession de mondes en si peu de kilomètres.
Pourtant, dans l’imaginaire collectif, Madère demeure souvent réduite à deux symboles : Cristiano Ronaldo, enfant de Funchal devenu une icône mondiale du football, et le vin doux qui porte le nom de l’archipel. Ces deux éléments appartiennent naturellement à son histoire contemporaine, mais ils ne suffisent pas à raconter la singularité d’une île dont la véritable richesse se trouve ailleurs.
Comprendre Madère demande de regarder au-delà de ces images familières. Il faut suivre le tracé des canaux que les hommes ont patiemment taillés dans les reliefs escarpés, pénétrer dans la laurisilva, cette forêt subtropicale exceptionnelle qui conserve la mémoire d’une végétation ancienne disparue d’une grande partie du continent européen et inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO, observer comment une terre née du feu des volcans a été transformée, génération après génération, en un espace habitable et fertile.
C’est précisément dans cette rencontre entre la puissance de la nature et l’intelligence humaine que réside le caractère fascinant de Madère. L’île raconte une histoire de conquête douce : celle d’un peuple qui n’a pas dompté la montagne, mais qui a appris à composer avec elle.
Alors, que voir à Madère ? Quels sont les paysages, les villages et les expériences qui permettent de comprendre véritablement l’âme de cette île atlantique ?
Dans ces pages, je parcours les lieux qui permettent de comprendre les différents visages de Madère : les forêts de laurisilva, les piscines naturelles creusées dans la roche volcanique, les villages installés entre littoral et montagne, les jardins où prospèrent des espèces venues de plusieurs continents, les belvédères ouverts sur les vallées et l’Atlantique, et bien sûr les levadas, ces canaux qui conduisent l’eau à travers l’île depuis des siècles.

Madère est surnommée « l’île-jardin »
Sommaire de l’article
- Madère, l’île née du feu et façonnée par l’eau
- Funchal : la ville tournée vers l’océan
- Monte : le balcon de Funchal entre dévotion, jardins tropicaux et traditions anciennes
- Monte Palace Tropical Garden : une collection botanique sur les hauteurs de Funchal
- Porto Moniz et les piscines naturelles de Madère
- Les levadas de Madère : marcher en suivant le cours de l’eau
- La laurisilva de Madère : une forêt ancienne préservée dans le temps
- Ponta de São Lourenço : Madère façonnée par les vents et l’océan
- Les villages de Madère entre mer et montagne
- Quand partir à Madère et combien de jours prévoir
- Conseils pratiques pour visiter Madère
Madère, l’île née du feu et façonnée par l’eau

Côte de Seixal, à Madère.
Avant de chercher que voir à Madère, il faut d’abord comprendre ce qui rend cette île si singulière. Son identité repose sur une alliance étonnante entre trois forces qui semblent appartenir à des univers opposés : le feu des volcans qui l’a fait surgir des profondeurs de l’océan, la présence constante de l’Atlantique qui en façonne les contours et le travail patient des générations d’habitants qui ont appris à vivre avec un territoire aussi spectaculaire qu’exigeant.
Située dans l’Atlantique oriental, à environ 600 kilomètres des côtes du Maroc et à un peu plus de 900 kilomètres du Portugal continental, Madère appartient à la Macaronésie, un ensemble d’archipels océaniques connu pour son exceptionnelle richesse botanique. Dans cette région où les influences tropicales et atlantiques se rencontrent, certaines espèces végétales ont trouvé refuge dans des conditions particulières, donnant naissance à des paysages que l’on ne retrouve nulle part ailleurs en Europe.
Sur une carte, Madère apparaît comme un fragment de terre isolé au milieu de l’océan. Sur le terrain, elle révèle une étonnante concentration de paysages : des sommets dépassant les 1800 mètres d’altitude, des vallées profondes creusées par l’érosion, des falaises volcaniques plongeant dans l’Atlantique, des forêts enveloppées de brume et des villages accrochés aux pentes abruptes où chaque terrasse témoigne d’un long travail d’adaptation.
Madère, l’île des contrastes : portugaise par son histoire, atlantique par sa nature

Le nom même de l’île rappelle son paysage originel. Lorsque les navigateurs portugais João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira atteignent Madère au XVe siècle, ils découvrent un territoire largement couvert de forêts denses. Ils lui donnent alors le nom de Madeira, qui signifie « bois » en portugais.
L’histoire de Madère devient dès lors celle d’une relation complexe entre l’homme et un environnement difficile à apprivoiser. Pour développer l’agriculture, les habitants transforment progressivement les versants montagneux : ils construisent des terrasses soutenues par des murs de pierre, aménagent des chemins dans la roche et mettent en place un vaste réseau de canaux destinés à transporter l’eau depuis les régions les plus humides vers les terres cultivées.
Ces ouvrages, connus sous le nom de levadas, témoignent encore aujourd’hui d’une remarquable capacité d’adaptation. Ils racontent une époque où l’eau devait être conduite avec patience à travers un relief accidenté pour permettre la culture de la vigne, des fruits tropicaux et des plantes adaptées au climat subtropical de l’île.
À Madère, la nature et l’intervention humaine ne s’opposent jamais complètement. Les sentiers suivent souvent les anciens ouvrages hydrauliques, les villages épousent les formes du relief et les paysages agricoles s’insèrent entre les espaces sauvages. L’île est le résultat d’un dialogue permanent entre une géographie puissante et ceux qui ont choisi d’y construire leur existence.
Parmi les trésors naturels les plus remarquables figure la forêt de laurisilva, un écosystème subtropical ancien caractéristique de la Macaronésie. Protégée par l’UNESCO en tant que Patrimoine mondial, elle constitue l’un des derniers grands témoins d’une végétation autrefois largement présente dans cette partie de l’Atlantique.
La découvrir demande de prendre le temps de marcher. Dans la laurisilva, le paysage change imperceptiblement : les troncs se couvrent de mousses, les fougères occupent les sous-bois, la lumière filtre à travers les feuillages persistants et l’eau accompagne le voyageur, parfois visible dans les cascades, parfois simplement audible au bord du chemin.
C’est en suivant cette présence discrète de l’eau que l’on comprend l’une des grandes particularités de Madère : les levadas, aujourd’hui devenues des itinéraires de randonnée parmi les plus célèbres de l’île. Ces anciens canaux d’irrigation conduisent le visiteur vers des vallées reculées, au cœur d’une Madère plus silencieuse, où l’histoire humaine et la nature semblent encore avancer côte à côte.
Funchal : que voir dans la capitale tournée vers l’océan

Cathédrale de la Sé de Funchal
Au premier regard, Funchal pourrait sembler appartenir à la grande famille des villes portugaises. On y retrouve les éléments familiers qui composent l’identité urbaine du pays : les rues pavées de calçada portuguesa, les églises aux façades blanchies à la chaux, les maisons aux balcons en fer forgé et les murs parfois ornés d’azulejos aux motifs délicats.
Mais il suffit de lever les yeux vers les jardins ou de suivre la végétation qui accompagne les avenues pour comprendre que Funchal possède une personnalité différente. Ici poussent des espèces que le Portugal continental ne pourrait accueillir avec la même facilité : palmiers, strelitzias, jacarandas ou bananiers rappellent que l’on se trouve au milieu de l’Atlantique, à la rencontre de plusieurs influences climatiques.
Dans certains quartiers, la frontière entre la ville et le paysage subtropical devient presque imperceptible. Les jardins débordent sur les rues, les fleurs accompagnent l’architecture et l’océan demeure toujours présent, comme une ligne d’horizon qui rappelle la vocation maritime de la capitale madérienne. Funchal est une ville née du commerce atlantique, façonnée par les grandes routes maritimes portugaises et longtemps tournée vers les mondes situés au-delà de l’horizon.
La Sé de Funchal : une cathédrale au temps des grandes explorations
Au cœur du centre historique se dresse la Sé de Funchal, la cathédrale construite entre la fin du XVe siècle et le début du XVIe siècle, à une époque où le Portugal transformait progressivement l’océan Atlantique en un espace d’exploration, d’échanges commerciaux et de conquêtes.
L’édifice conserve l’austérité élégante des constructions religieuses de cette période, mais certains détails révèlent toute la richesse du contexte dans lequel il fut élevé. Le plafond en bois de cèdre, finement travaillé, constitue l’un des éléments les plus remarquables de la cathédrale. Les influences du style manuélin rappellent une époque où la foi, le pouvoir politique et la prospérité liée aux voyages maritimes étaient profondément liés.
En parcourant Funchal, on découvre ainsi une ville où plusieurs temporalités se superposent : celle des navigateurs portugais partis explorer l’Atlantique, celle des marchands qui ont façonné son économie et celle d’une cité contemporaine qui conserve encore les traces de son passé insulaire.

Mais après tant d’histoire monumentale, Funchal sait aussi offrir des moments plus légers, presque inattendus. Je dois avouer avoir moi-même succombé à l’une des petites tentations les plus innocentes du voyage : une photographie avec la statue dédiée à la princesse Sissi, l’impératrice Élisabeth d’Autriche, qui séjourna à Madère à la fin du XIXe siècle.
Vila Velha et la Rua de Santa Maria : les portes qui racontent la vie quotidienne de Funchal

En descendant vers l’océan, on atteint Vila Velha, le quartier le plus ancien de Funchal, celui où la ville conserve encore une partie de son visage originel. Ici, l’atmosphère change progressivement : les grandes façades cèdent la place à des ruelles plus étroites, les anciennes maisons s’ouvrent directement sur la rue et les restaurants occupent parfois des bâtiments qui ont conservé les traces de leur passé.
C’est dans ce quartier que se trouve la célèbre Rua de Santa Maria, devenue l’un des lieux les plus reconnaissables de la capitale madérienne grâce au projet des Portas Pintadas, les « portes peintes ». Des artistes ont transformé d’anciennes portes en véritables œuvres d’art, donnant aux façades une nouvelle présence et une nouvelle histoire.
Ce qui rend cette initiative particulièrement intéressante, c’est qu’elle n’a pas créé un décor artificiel destiné uniquement aux visiteurs. Les peintures se sont intégrées dans un quartier vivant, sur des portes qui appartiennent encore au quotidien des habitants. L’art est ainsi sorti des galeries pour rejoindre l’espace le plus simple de la ville : le seuil d’une maison, cet endroit discret où la vie privée rencontre la rue.
En parcourant Vila Velha, on découvre une autre dimension de Funchal, plus intime et plus populaire, où les traces du passé maritime côtoient les gestes ordinaires du présent. C’est souvent dans ces quartiers anciens, loin des monuments les plus imposants, que l’on comprend le mieux l’esprit d’une ville.
Mercado dos Lavradores : le théâtre quotidien des saveurs de Madère

Pour comprendre le lien profond qui unit Madère à ses productions, il faut pousser la porte du Mercado dos Lavradores, inauguré dans les années 1930 dans un bâtiment moderniste où les lignes de l’époque se mêlent aux traditionnels azulejos portugais.
À l’intérieur, la géographie de Madère devient comestible. Les étals débordent de fruits tropicaux, de fleurs, de légumes et de poissons venus de l’Atlantique ; on y retrouve aussi les traces d’une histoire faite de circulations maritimes, de plantes introduites depuis d’autres continents et de cultures progressivement adaptées aux microclimats de l’île. La banane y côtoie l’anone, la papaye, le fruit de la passion et quelques spécimens dont l’identification demande parfois davantage de connaissances botaniques que prévu pour une simple promenade au marché.
Les vendeurs, heureusement, sont là pour remédier à ces lacunes. Ils proposent volontiers une dégustation, expliquent l’origine d’un fruit, en découpent une tranche et vous en présentent parfois un autre dont vous ignoriez jusque-là l’existence. La méthode est redoutablement efficace. On entre avec l’intention très raisonnable de regarder ; cinq minutes plus tard, on goûte consciencieusement quelque chose de jaune, quelque chose de violet et quelque chose de délicieux dont on n’a toujours pas retenu le nom.
Et puis vient le passage à la caisse.
C’est à cet instant que l’expérience ethnobotanique peut prendre une dimension financière inattendue. Deux papayes, une anone et quelques curiosités tropicales paraissaient constituer un achat assez innocent ; le montant annoncé suggère soudain que l’on vient peut-être d’acquérir une participation dans la plantation. On regarde le sac. On regarde le prix. On regarde de nouveau le sac, au cas où un objet précieux s’y serait glissé à notre insu.
Rien de tout cela n’enlève au Mercado dos Lavradores son intérêt, mais mieux vaut connaître cette particularité avant de se laisser séduire par les dégustations. Demandez le prix au kilo avant d’acheter, surtout pour les fruits proposés aux visiteurs. Votre curiosité botanique n’en sera nullement diminuée ; votre portefeuille, en revanche, vous en saura gré.
Curieusement, mes souvenirs gastronomiques les plus persistants de Funchal ne viennent pourtant pas du célèbre marché, mais d’une petite padaria située en bas de l’immeuble où je logeais, dans le centre-ville. Chaque matin, quelques marches suffisaient pour passer de mon appartement à une vitrine remplie de pains et de pâtisseries encore frais.
Je descendais avec une résolution parfaitement raisonnable : choisir une seule douceur. Le principe était excellent. Son unique faiblesse était de devoir être appliqué devant la vitrine. Au bout de quelques jours, j’avais cessé de prétendre que la décision m’appartenait entièrement.
Monte : le balcon de Funchal entre dévotion, jardins tropicaux et traditions anciennes

En quittant le centre de Funchal et en suivant la route qui grimpe vers les hauteurs, on découvre rapidement l’une des particularités les plus étonnantes de Madère : ici, l’océan et la montagne ne sont jamais véritablement éloignés. En quelques kilomètres seulement, le paysage change complètement. Les rues urbaines laissent place aux jardins, aux cultures en terrasses et aux points de vue où la ville semble peu à peu se dissoudre dans le relief.
Nossa Senhora do Monte : le sanctuaire emblématique de Madère
À environ 600 mètres d’altitude se trouve Monte, un ancien village aujourd’hui intégré à l’agglomération de Funchal, mais qui a conservé une atmosphère particulière, organisée autour du sanctuaire de Nossa Senhora do Monte, le lieu de culte le plus important de l’île.
L’église actuelle a été construite à l’emplacement d’une première chapelle datant du XVe siècle. Elle demeure encore aujourd’hui un lieu de pèlerinage très fréquenté, notamment lors des célébrations des 14 et 15 août, consacrées à la fête de Notre-Dame du Mont. À cette occasion, la foi religieuse se mêle aux traditions populaires, aux rassemblements familiaux et aux pratiques transmises de génération en génération par les habitants de Madère.
Depuis son parvis, le regard embrasse la baie de Funchal et l’immensité de l’Atlantique.
Les carros de cesto : la descente la plus insolite de Madère

Descente en carro de cesto guidée par les Carreiros do Monte.
Depuis Monte, on peut redescendre vers Funchal à bord des carros de cesto, l’une des traditions les plus singulières de Madère. Le principe est d’une simplicité qui, lorsqu’on le découvre pour la première fois, n’est pas nécessairement rassurante : un grand panier d’osier monté sur des patins de bois, une route en pente et deux hommes chargés de faire en sorte que l’ensemble arrive à destination dans de bonnes conditions.
Ces hommes sont les carreiros. Vêtus de blanc et coiffés de leur traditionnel chapeau de paille, ils accompagnent le véhicule en courant, le dirigent dans les virages et contrôlent sa vitesse en utilisant notamment leurs bottes à semelles de caoutchouc sur l’asphalte. À les regarder travailler, l’opération paraît presque évidente. Il faut manifestement quelques années de pratique pour parvenir à cette impression.
Les carros de cesto n’ont pourtant pas été inventés pour distraire les visiteurs. Bien avant de devenir l’une des expériences les plus célèbres de Madère, ils étaient utilisés comme moyen de transport pour descendre rapidement de Monte vers Funchal. Ce qui nous apparaît aujourd’hui délicieusement extravagant répondait donc, à l’origine, à une nécessité parfaitement pratique.
La théorie est convaincante. Elle l’est légèrement moins au moment de s’asseoir dans le panier.
Car il faut tout de même accepter une situation assez inhabituelle : confier sa personne à un véhicule en osier dépourvu de moteur et de volant, puis regarder la pente qui s’étend devant soi. Les premiers mètres se parcourent avec ce mélange très particulier de curiosité et de méfiance que provoquent les inventions dont on comprend le fonctionnement après avoir accepté d’y monter.
Puis le carro prend de la vitesse et les carreiros montrent immédiatement pourquoi cette tradition a traversé les générations. Ils anticipent les courbes, ralentissent le panier, le font pivoter et reprennent leur course avec une précision remarquable. Ce qui semblait quelques instants auparavant relever d’une conception assez audacieuse des transports publics révèle alors une technique extrêmement maîtrisée.
Et c’est peut-être ce qui rend la descente si intéressante. Derrière son caractère aujourd’hui pittoresque se trouve une solution imaginée par les habitants pour répondre à une contrainte très madérienne : comment relier rapidement un village situé à quelque 600 mètres d’altitude à la ville installée au bord de l’océan. La réponse fut un panier, deux patins et des carreiros. On a connu des infrastructures plus compliquées.
Monte Palace Tropical Garden : une collection botanique sur les hauteurs de Funchal

Jardin Monte Palace, à Madère.
Installé dans une ancienne quinta portugaise sur les hauteurs de Funchal, le Monte Palace Tropical Garden occupe un emplacement privilégié, entre montagne et océan. Le jardin reprend l’esprit des grandes collections botaniques créées par les voyageurs et les passionnés de plantes, à une époque où les espèces rapportées des différents continents devenaient des témoins des échanges maritimes.
La promenade suit des chemins bordés de végétation, traverse des bassins, des cascades et des espaces consacrés à différentes collections de plantes. Palmiers, fougères, espèces tropicales et végétation originaire de l’archipel madérien composent un paysage où chaque partie du jardin possède sa propre atmosphère.
Le parcours est également marqué par des éléments artistiques et historiques : panneaux d’azulejos, sculptures et décors inspirés de différentes cultures accompagnent la visite sans jamais masquer la présence dominante de la végétation.

Statue de Bouddha dans le jardin tropical Monte Palace à Funchal
L’une des surprises du Monte Palace Tropical Garden apparaît au détour de ses chemins : une importante collection de sculptures asiatiques s’est installée parmi la végétation madérienne. Bouddhas, lanternes de pierre, figures symboliques et motifs empruntés aux traditions chinoises et japonaises surgissent entre les fougères arborescentes, les bambous et les bassins. La rencontre pourrait sembler improbable ; elle fonctionne pourtant avec une aisance assez déconcertante.
Cette présence asiatique reflète le goût des grandes collections pour les objets, les plantes et les formes artistiques venus de territoires lointains, mais elle évoque également une histoire beaucoup plus ancienne. Les relations entre le Portugal et l’Asie remontent aux grandes routes maritimes ouvertes à partir du XVIe siècle, lorsque marchands, missionnaires, objets et savoir-faire circulaient entre l’Europe, l’Inde, la Chine et le Japon. À Monte, ces références ont trouvé un cadre singulièrement favorable : sous le climat subtropical de Madère, bambous, fougères et sculptures orientales semblent avoir conclu depuis longtemps un accord de bon voisinage.
Les amateurs de jardins retrouveront une approche très différente à Sintra, notamment à la Quinta da Regaleira, où l’architecture, les symboles et les chemins conçus comme des parcours de découverte occupent une place centrale. Là où Monte s’appuie principalement sur les collections végétales et artistiques, Sintra construit un univers plus lié à l’imaginaire, aux mythes et aux références initiatiques.

Porto Moniz et les piscines naturelles de Madère

Piscines naturelles de Porto Moniz
En quittant Funchal pour rejoindre la côte nord-ouest, la route révèle une autre facette de Madère. Les montagnes deviennent plus présentes, les vallées se resserrent et les tunnels percés dans la roche alternent avec des panoramas qui s’ouvrent soudain sur l’Atlantique. Ici et là, quelques maisons et des terrasses cultivées rappellent combien l’installation humaine a dû s’adapter à un relief particulièrement escarpé.
À Porto Moniz, le regard est immédiatement attiré par les célèbres piscines naturelles creusées dans la roche volcanique. Elles se sont formées au fil des coulées de lave qui, en se refroidissant au contact de l’océan, ont dessiné un littoral irrégulier fait de cavités, de récifs et de bassins naturels.
L’eau de l’Atlantique circule librement entre les rochers. À chaque marée et au rythme de la houle, elle renouvelle en permanence le contenu des bassins. Ce fonctionnement naturel distingue ces piscines d’un simple espace de baignade aménagé : elles demeurent étroitement liées à la mer qui les a façonnées.
Par temps calme, la surface de l’eau devient presque immobile et les contours des bassins semblent parfaitement dessinés. Il suffit pourtant qu’une vague plus puissante franchisse les rochers pour rappeler que ces piscines appartiennent avant tout à l’océan. Pendant quelques instants, les limites s’effacent, avant que l’eau ne retrouve son niveau et que les bassins reprennent leur apparente tranquillité.
Les levadas de Madère : marcher au fil de l’eau

Sentier le long d’une levada
À Madère, l’eau n’est jamais répartie de manière uniforme. Les précipitations sont plus abondantes sur les reliefs et sur le versant nord de l’île, tandis que les terres agricoles se concentrent en grande partie sur la côte méridionale, plus ensoleillée et plus sèche. Dès le XVe siècle, les habitants entreprennent donc de construire un vaste réseau de canaux capables d’acheminer l’eau sur plusieurs kilomètres, en franchissant ravins, falaises et dénivelés.
Ainsi naissent les levadas, ces canaux d’irrigation qui parcourent encore aujourd’hui une grande partie de Madère. Leur construction a nécessité un travail considérable. Certains tronçons ont été creusés directement dans la roche, parfois le long de parois abruptes où chaque intervention demandait une remarquable maîtrise technique. D’autres traversent des tunnels qui permettent de mesurer les difficultés rencontrées par ceux qui ont façonné cet ouvrage au fil des siècles.
Conçues pour alimenter les cultures, les levadas constituent aujourd’hui l’un des meilleurs moyens de découvrir l’intérieur de l’île. Les sentiers qui les accompagnent traversent la forêt de laurisilva, longent des vallées encaissées, franchissent des torrents et suivent un itinéraire dicté par le relief autant que par la circulation de l’eau.
Au cours de l’une de ces randonnées, j’ai pourtant découvert un souvenir de Madère qui n’avait rien de spectaculaire. Pas de cascade vertigineuse, pas de belvédère noyé dans les nuages : simplement un petit village de montagne et un sachet de bonbons au miel.
Notre autocar s’y était arrêté pour ce que les guides appellent avec une admirable pudeur une « pause technique ». L’expression possède l’avantage de laisser croire à une intervention mécanique complexe ; elle signifie généralement que plusieurs passagers ont besoin de trouver des toilettes.
Pendant que le groupe réglait ces questions logistiques, je suis entrée sans raison particulière dans une petite épicerie du village. Quelques minutes plus tard, j’en suis ressortie avec un sachet de bonbons au miel de Madère, acheté presque par curiosité. Rien qui puisse rivaliser, sur le papier, avec les grandes cascades ou les forêts de laurisilva. Pourtant, plusieurs jours après, leur goût me ramenait immédiatement à cette halte imprévue dans les montagnes. Les souvenirs de voyage ont parfois une hiérarchie assez personnelle.

Cascade do Risco
Au cours de mon séjour à Madère, j’ai parcouru plusieurs levadas. Aucune ne ressemblait tout à fait à une autre. Certaines progressaient sous la voûte dense de la laurisilva, où les fougères, les mousses et les arbres formaient un couvert presque continu. D’autres traversaient des paysages agricoles dans lesquels l’eau poursuit encore aujourd’hui le trajet imaginé il y a plusieurs siècles. D’autres enfin s’ouvraient sur des panoramas plus vastes, offrant des vues sur les montagnes, les vallées cultivées et l’Atlantique.
Trois itinéraires, en particulier, m’ont permis de découvrir des visages très différents de l’île.
Levada das 25 Fontes : là où l’eau façonne le paysage
La Levada das 25 Fontes compte parmi les randonnées les plus fréquentées de Madère. Elle se situe dans la région de Rabaçal, où la forêt de laurisilva occupe encore une place importante dans le paysage.
Son nom fait référence aux nombreuses résurgences qui alimentent la paroi rocheuse située à l’extrémité du sentier. L’eau s’écoule de multiples petites cascades avant de se rassembler dans un bassin naturel entouré de végétation.
Levada do Caldeirão Verde : au cœur de la montagne
La Levada do Caldeirão Verde débute au parc forestier de Queimadas, reconnaissable à ses casas de Santana, les maisons traditionnelles au toit de chaume très pentu. Le sentier pénètre ensuite dans la laurisilva et suit le tracé du canal à travers un relief particulièrement accidenté.
Le parcours franchit quatre tunnels creusés dans la roche avant d’atteindre le Caldeirão Verde, un bassin dominé par une cascade d’une centaine de mètres de hauteur. Ici, la montagne se découvre dans toute sa verticalité, entre falaises humides, végétation luxuriante et parois basaltiques.
Levada do Furado : traverser la forêt ancienne
La Levada do Furado longe l’une des plus anciennes levadas publiques de l’île. Au départ de Ribeiro Frio, le chemin traverse une partie remarquable de la laurisilva, où poussent plusieurs espèces emblématiques comme le til (Ocotea foetens), le vinhático (Persea indica) ou le laurier des Canaries (Laurus novocanariensis).
Au fil de la randonnée, la forêt s’interrompt parfois pour laisser apparaître les vallées de Faial, São Roque do Faial et Porto da Cruz, ainsi que la silhouette caractéristique de la Penha d’Águia. Cette alternance entre forêt, terres cultivées et ouvertures sur l’océan résume avec justesse la géographie de Madère.
Quelques conseils avant de partir sur les levadas
Pour plusieurs de mes randonnées, j’ai choisi de marcher avec un guide local au sein d’un petit groupe. Cette formule m’a permis de mieux comprendre la flore de la laurisilva, le fonctionnement des levadas et la manière dont ces ouvrages ont profondément marqué l’organisation du territoire. Dans certains secteurs, la présence d’un guide apportait également un sentiment de sécurité appréciable sur les passages les plus étroits.
Les photographies donnent souvent l’image de sentiers paisibles, bordés d’une végétation abondante. La réalité est un peu plus nuancée. Les levadas traversent un relief volcanique où le terrain peut être irrégulier, les tunnels totalement obscurs et certaines portions dépourvues de protection. Plusieurs itinéraires restent accessibles à des marcheurs peu expérimentés, tandis que d’autres demandent davantage d’attention et un équipement adapté.

Sur certains tronçons, le sentier ne dépasse guère cinquante centimètres de largeur et longe directement des versants escarpés ou des vallées profondes. Les personnes sujettes au vertige ont donc tout intérêt à se renseigner avant de choisir leur itinéraire. Chaque levada présente un niveau de difficulté différent ; mieux vaut vérifier la longueur du parcours, le dénivelé, les passages en tunnel et les éventuelles sections exposées avant de partir.
Un équipement adapté rend la randonnée bien plus agréable et permet de marcher en toute sécurité.
- Des chaussures de randonnée offrant une bonne adhérence : certaines portions peuvent être humides, boueuses ou glissantes.
- Un sac à dos léger, idéalement muni d’une housse imperméable ou d’un sac étanche pour protéger les appareils électroniques et les effets personnels.
- Une veste imperméable ou coupe-vent : même en été, les conditions météorologiques changent rapidement en montagne et le brouillard est fréquent dans certains secteurs.
- Une lampe frontale ou une lampe de poche pour franchir les tunnels présents sur plusieurs levadas.
- De l’eau en quantité suffisante et quelques provisions, les possibilités de se restaurer étant limitées sur les itinéraires les plus longs.
- Une protection solaire et un chapeau : l’ensoleillement peut être important, même lorsque le ciel reste partiellement couvert.
- Des vêtements superposables, afin de s’adapter aux différences de température entre le littoral et les reliefs.
- Un téléphone suffisamment chargé, ou une batterie externe, utile pour la navigation, les photographies et les situations imprévues.
- Une petite trousse de premiers secours contenant notamment des pansements et le matériel de base.
Avant chaque randonnée, il est également recommandé de vérifier l’état des sentiers. Certaines levadas peuvent être temporairement fermées en raison de travaux d’entretien, d’éboulements ou de conditions météorologiques défavorables.
La laurisilva de Madère : une forêt ancienne préservée jusqu’à nos jours

Vallée de Rabaçal
En suivant certaines levadas, le paysage évolue progressivement. Les ouvrages construits par les hommes pour conduire l’eau à travers la montagne finissent par laisser place à un autre univers : celui de la laurisilva, la forêt subtropicale ancienne de Madère, inscrite au Patrimoine mondial de l’UNESCO en 1999.
Cette forêt constitue l’un des derniers vestiges d’un type de végétation autrefois largement répandu dans le sud de l’Europe et dans le bassin méditerranéen, lorsque les conditions climatiques étaient différentes de celles que nous connaissons aujourd’hui. Au fil des transformations du climat, ces formations forestières ont progressivement disparu du continent et ont trouvé refuge dans certains archipels de la Macaronésie, dont Madère conserve l’une des plus vastes étendues.
Le terme laurisilva, issu du portugais et signifiant « forêt de lauriers », fait référence à l’aspect persistant des feuilles de nombreuses espèces qui la composent. Pourtant, cette appellation ne doit pas faire croire à une simple forêt de lauriers : il s’agit d’un écosystème complexe, où cohabitent des arbres, des fougères, des mousses et des lichens adaptés à un environnement marqué par une forte humidité et la présence fréquente des brumes.
Parmi les espèces les plus représentatives figurent le til (Ocotea foetens), le vinhático (Persea indica) et le laurier des Canaries (Laurus novocanariensis). Sous leurs feuillages persistants, le sous-bois accueille une végétation abondante, favorisée par les conditions particulières de cette forêt où l’eau reste présente dans l’atmosphère comme dans le sol.
La laurisilva joue également un rôle essentiel dans l’équilibre hydrologique de l’île. En retenant l’humidité des reliefs, elle contribue à alimenter les sources et les cours d’eau qui ont permis le développement de l’agriculture madérienne. C’est dans ce contexte que les levadas prennent tout leur sens : ces canaux ont été conçus pour capter et distribuer cette ressource dans une île où cultiver les terres demandait une adaptation permanente au relief.
Marcher dans la laurisilva permet ainsi de comprendre une particularité fondamentale de Madère : ici, la forêt et les aménagements humains appartiennent à une même histoire. L’une conserve l’eau et façonne le paysage naturel ; les autres l’ont accompagnée jusqu’aux terres cultivées grâce à un réseau construit au fil des siècles.
Ponta de São Lourenço : la Madère façonnée par les vents et l’océan

Falaises et paysages volcaniques de la Ponta de São Lourenço.
Après les forêts profondes de la laurisilva et les versants couverts de cultures en terrasses, l’extrémité orientale de Madère révèle un paysage d’une toute autre nature.
La Ponta de São Lourenço forme une longue péninsule volcanique qui s’avance dans l’Atlantique à l’est de l’île. Ici apparaissent certaines des formations rocheuses les plus anciennes de Madère, issues des premières phases de son histoire volcanique et progressivement modelées par l’action du vent, de la pluie et des vagues.
Le contraste avec l’intérieur de l’île est immédiat. Cette partie de Madère bénéficie d’un climat plus sec : les précipitations sont moins fréquentes et les vents océaniques soufflent avec une présence presque constante. La végétation s’est adaptée à ces conditions particulières. Les arbres imposants de la forêt humide disparaissent pour laisser place à des plantes basses, capables de résister au manque d’eau et aux rafales venues de l’océan.
En théorie, du moins. Le jour de ma visite, l’une des régions les plus sèches de Madère m’a accueillie sous la pluie, avec des bourrasques suffisamment convaincantes pour me rappeler la différence entre climat et météo.

En avançant vers l’extrémité de la péninsule, on traverse l’un des secteurs où l’origine volcanique de Madère apparaît avec le plus de netteté. La végétation se fait progressivement plus rare, laissant place aux roches apparentes et aux différentes couches géologiques qui affleurent le long du sentier.
Ces formations minérales permettent d’observer la structure même de l’île : un territoire né des éruptions volcaniques successives, puis transformé au fil du temps par l’érosion marine et les conditions climatiques particulières de cette pointe exposée de l’Atlantique.
Le sentier de la Ponta de São Lourenço ne présente pas de difficulté technique majeure, mais certains passages demandent de rester attentif. Quelques portions sont étroites, sans barrière de protection, avec des pentes abruptes de part et d’autre du chemin. Le vent, souvent présent sur cette partie de l’île, peut également rendre certains passages moins confortables.
Les personnes sujettes au vertige ou peu habituées aux itinéraires exposés doivent en tenir compte avant de choisir cette randonnée. Comme pour les levadas, il est préférable de s’informer sur les conditions du parcours et de marcher avec un équipement adapté.
Les villages de Madère entre mer et montagne

Port de Câmara de Lobos
En quittant les grands paysages naturels de l’île, on découvre des lieux où la vie quotidienne reste profondément liée à la géographie de Madère. Les villages ne se sont pas installés au hasard : certains occupent de petites baies tournées vers l’Atlantique, d’autres se nichent au fond de vallées encaissées ou s’étendent sur des pentes où chaque parcelle cultivable a été aménagée avec patience.
Câmara de Lobos, Curral das Freiras et Santana illustrent trois environnements très différents : un ancien port de pêche sur la côte sud, une vallée isolée au cœur des montagnes et un village du nord associé à une architecture rurale traditionnelle.
Câmara de Lobos : le port qui inspira Churchill
Le port conserve encore certains éléments de son identité maritime : les bateaux colorés sont amarrés près du rivage, les filets occupent les quais et les maisons se regroupent autour de l’eau. Le paysage garde cette relation directe avec la mer qui a longtemps rythmé la vie du village.
C’est justement cette atmosphère qui attira Winston Churchill lors de son séjour à Madère en 1950. L’ancien Premier ministre britannique, alors âgé de 75 ans, posa son chevalet face à la baie pour la peindre.
Après une vie consacrée aux décisions politiques, aux conflits et aux grands équilibres internationaux, Churchill se retrouva confronté à une question d’une nature beaucoup plus paisible : choisir la nuance exacte du bleu de l’océan. Un problème évidemment moins lourd que ceux auxquels il avait été habitué, mais qui demandait tout de même une certaine réflexion artistique.
Curral das Freiras : la vallée des nonnes entre montagnes et châtaigniers
Pour rejoindre Curral das Freiras, il faut quitter le littoral et pénétrer dans l’intérieur de l’île. La route conduit vers une vallée profonde entourée de reliefs volcaniques qui semblent refermer l’espace autour du village.
Son nom, qui signifie « enclos des religieuses », remonte au XVIe siècle. Selon la tradition la plus répandue, des religieuses du couvent de Santa Clara à Funchal auraient trouvé refuge dans cette vallée lors des attaques de corsaires. L’isolement naturel du lieu offrait une protection, même si l’histoire du site est également liée aux terres appartenant au couvent.
En arrivant à Curral das Freiras, on comprend immédiatement combien les habitants ont dû composer avec la montagne. Les parois rocheuses dominent le village, les espaces plats sont rares et les cultures suivent les moindres possibilités offertes par le relief.
Les terrasses agricoles dessinent les pentes, les routes se frayent un passage entre les rochers et chaque morceau de terrain disponible a été utilisé pour construire ou cultiver.
La vallée est également connue pour ses châtaigniers, une présence qui surprend dans une île souvent associée aux paysages subtropicaux. L’altitude et les conditions climatiques particulières de Curral das Freiras ont permis le développement de ces arbres, aujourd’hui intégrés à la gastronomie locale.
Les châtaignes entrent dans la préparation de plusieurs spécialités, notamment des pâtisseries et des liqueurs, et sont célébrées chaque année lors d’une fête qui leur est consacrée.
Ici, Madère montre un visage différent de celui du littoral : un paysage de montagne où les cultures, les forêts et les traditions rurales suivent encore les contraintes imposées par le relief.
Santana et les maisons au toit de chaume
Sur la côte nord de l’île se trouve Santana, connue pour ses maisons traditionnelles aux toits triangulaires recouverts de chaume.
Je n’ai pas visité ce village lors de mon séjour, mais ces habitations méritent d’être mentionnées pour ce qu’elles révèlent de l’ancienne vie rurale madérienne.
Leur architecture répondait avant tout à des besoins pratiques. Le bois, autrefois disponible sur l’île, constituait la base de la construction, tandis que le toit en chaume assurait une isolation efficace face aux pluies fréquentes de la côte nord.
Aujourd’hui devenues l’un des symboles visuels de Madère, ces maisons rappellent pourtant une réalité plus quotidienne : celle d’une population agricole qui devait utiliser les ressources locales et adapter son habitat aux conditions du territoire.
Quand partir à Madère et combien de jours prévoir ?
Quand partir à Madère ?
C’est l’une des premières questions à se poser avant d’organiser un voyage sur l’île. Le meilleur moment dépend moins d’une saison parfaite que de l’expérience recherchée : parcourir les levadas, découvrir la végétation, profiter du littoral, visiter les villages ou simplement échapper pendant quelques jours aux températures plus rigoureuses de l’Europe continentale.
Madère bénéficie d’un climat doux tout au long de l’année, mais sa géographie crée une succession de microclimats. L’altitude, l’exposition aux vents et la proximité de l’océan modifient rapidement les conditions météorologiques. Il n’est pas rare de trouver un ciel lumineux sur la côte et, quelques centaines de mètres plus haut, des nuages bas accompagnés de températures plus fraîches.
Cette diversité fait partie des caractéristiques essentielles de l’île. Pour une randonnée en montagne, la météo peut être très différente de celle observée à Funchal ou dans les villages du littoral ; il est donc toujours utile de consulter les prévisions locales avant de partir.
Le printemps : la saison des jardins et des sentiers
Au printemps, Madère retrouve une végétation particulièrement abondante. Dans les jardins, le long des routes et sur les chemins de randonnée, de nombreuses espèces entrent en floraison et donnent une nouvelle intensité aux paysages.
C’est une période appréciée par les voyageurs qui souhaitent découvrir la nature de l’île : les températures restent agréables pour marcher, tandis que les reliefs, les forêts et les vallées présentent une grande diversité de couleurs.
L’été : des journées plus longues et un océan plus présent

En été, Madère bénéficie de journées plus longues et de conditions généralement agréables pour explorer l’île. C’est une période appréciée pour parcourir les sentiers, découvrir les villages, monter vers les belvédères et profiter davantage des paysages extérieurs.
L’océan atteint également ses températures les plus élevées de l’année. Il faut toutefois garder à l’esprit la nature particulière de Madère : l’île ne correspond pas à l’image classique d’une destination balnéaire faite de longues plages de sable et d’eaux constamment calmes. Son littoral volcanique alterne piscines naturelles, petites criques rocheuses et zones où l’Atlantique conserve toute sa puissance.
Il existe de nombreux endroits où se baigner, mais l’expérience reste celle d’un océan ouvert. L’eau demeure généralement fraîche, avec des températures qui atteignent environ 20 à 23 °C pendant les mois les plus chauds et qui diminuent en hiver.
L’automne reste une période agréable pour visiter Madère. Les températures demeurent douces et la lumière plus basse peut donner aux paysages une atmosphère particulièrement intéressante pour les promenades et la photographie. En hiver, grâce à son climat tempéré, l’île attire aussi les voyageurs qui souhaitent s’éloigner du froid continental européen.
Combien de jours prévoir pour visiter Madère ?
Pour un premier voyage à Madère, je conseille de prévoir au minimum cinq jours complets.
Cela permet déjà de découvrir Funchal, quelques points de vue, les piscines naturelles de Porto Moniz, une ou deux levadas et plusieurs villages de l’intérieur. L’itinéraire reste toutefois assez dense, car les routes de montagne et les distances, même courtes sur la carte, demandent souvent plus de temps que prévu.
Pour explorer l’île avec davantage de liberté, dix jours ou plus constituent une durée plus confortable. Quelques journées supplémentaires permettent de ne pas réduire Madère à une succession d’étapes photographiques et de prendre le temps d’observer les changements du paysage.
Cela signifie pouvoir attendre que les nuages se dissipent avant de profiter d’un belvédère, emprunter une route secondaire qui monte vers les hauteurs, rester un peu plus longtemps dans un village ou consacrer une demi-journée à un sentier découvert au dernier moment.
Conseils pratiques pour visiter Madère
Comment se déplacer à Madère ?
Pour découvrir Madère avec davantage de liberté, la voiture reste aujourd’hui le moyen de transport le plus pratique.
L’île dispose désormais d’un réseau routier beaucoup plus accessible qu’autrefois, grâce aux nombreux tunnels, viaducs et aménagements qui ont facilité les déplacements entre les différentes régions. Pourtant, la géographie de Madère demeure inchangée : les montagnes occupent une grande partie du territoire et les routes suivent encore souvent les formes du relief.
C’est pourquoi les distances indiquées sur une carte peuvent parfois donner une impression trompeuse. Quelques kilomètres seulement peuvent demander un temps de trajet plus long en raison des virages, des dénivelés et des routes de montagne.
Les transports publics constituent une alternative intéressante, notamment pour rejoindre les principales localités depuis Funchal. Le réseau d’autobus fonctionne aujourd’hui avec le système SIGA, qui regroupe plusieurs opérateurs, parmi lesquels Horários do Funchal, SIGA Rodoeste et CAM, avec des lignes desservant les différentes parties de l’île.
Pour atteindre certains lieux plus isolés, rejoindre le départ des randonnées ou organiser plusieurs visites dans une même journée, la voiture reste souvent la solution la plus simple.
Pour certaines de mes excursions, j’ai préféré une autre formule et j’ai choisi Secret Madeira, qui organise des sorties en petits groupes avec transport inclus. Ma guide, Lucy, connaissait remarquablement bien l’île et, au fil des randonnées, ses explications sur la végétation, la formation du paysage, les levadas et l’histoire de Madère m’ont permis de mieux comprendre ce que je traversais. La navette permettait par ailleurs de rejoindre directement le départ des sentiers, sans avoir à se préoccuper du stationnement ou du retour au point de départ. Sur les passages plus étroits ou exposés, marcher avec quelqu’un qui connaît parfaitement le terrain est également assez rassurant.
Un dernier conseil : évitez de construire des journées trop chargées. À Madère, les distances semblent courtes, mais le relief impose son propre rythme. Prévoir du temps supplémentaire permet de s’arrêter en chemin, de profiter d’un point de vue découvert au hasard ou de prendre un détour vers un lieu moins fréquenté.

Où loger à Madère ?
Choisir son hébergement à Madère ne dépend pas uniquement du lieu que l’on souhaite visiter, mais aussi de la manière dont on imagine son voyage : privilégier la facilité des déplacements, profiter de la vie urbaine le soir ou rechercher une atmosphère plus calme au cœur des paysages de l’île.
Funchal reste le choix le plus pratique pour un premier séjour. La capitale concentre la majorité des restaurants, des services et des transports, tout en constituant un point de départ efficace pour de nombreuses excursions. C’est également l’une des rares zones de l’île où il est possible de profiter de la soirée sans devoir systématiquement reprendre la voiture.
Les voyageurs qui recherchent un environnement plus paisible peuvent envisager d’autres bases, comme Machico à l’est ou São Vicente sur la côte nord. La première offre une situation intéressante pour explorer différentes parties de l’île et se trouve à proximité de l’aéroport. La seconde permet de séjourner dans un environnement plus rural, entouré de montagnes et de végétation, avec une ambiance très différente de celle du littoral méridional.
Pour un premier voyage, surtout lorsque l’on préfère éviter de changer d’hôtel plusieurs fois, il est préférable de choisir son point de chute en fonction de l’itinéraire envisagé. À Madère, les distances restent limitées, mais les reliefs, les routes sinueuses et les temps de trajet en montagne peuvent modifier considérablement l’organisation des journées.
Article mis à jour en août 2026


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